dimanche 20 juin 2010
67/ Bilan
Ce week-end j'ai essayé de retrouver un peu York. La bière à la fraise avait le même goût, mais le gin and tonic est meilleur avec du concombre, fait par Hannes dans la cuisine jaune. J'oublie, progressivement, même s'il reste encore beaucoup pour me rappeler, la rose blanche à mes clés (parenthèse historique, lors de la Guerre des Deux-Roses entre 1460 et 1480 deux familles s'opposaient pour avoir la couronne, York versus Lancashire (la région de Manchester) et chaque famille avait une rose comme symbole, rouge ou blanche, mais Henry Tudor a écrasé tout le monde en 1485 et la Tudor Rose est à la fois rouge et blanche) la trousse et le porte-cartes offerts par Carolyn, le porte-feuille et le sac Cath Kidston, l'écharpe et le collier, les nombreuses fringues, les gestes, les goûts. Manger des pâtes au cheddar, le Strongbow, les cocktails, le vin argentin de la Co-op. Les gens me manquent aussi, Carolyn, Chris, les TA de Badger Hill, les sourires et le sentiment d'appartenir quelque part. Je croisais des visages connus, mes élèves, et là redevenue minuscule dans le métro il n'y a personne. Les caissiers sont mal aimables, les gens sont grossiers, mal élevés, impolis. Les Sorry love and darling étaient précieux par rapport à la vie parisienne.
La mémoire est évidemment trompeuse et je ne retiens que les beaux moments, les larmes lors de l'assemblée, les milliards de mots gentils de mes élèves sur ces huit mois. Je voudrais écrire tous leurs noms, leurs têtes blondes ou rousses et leur air espiègle. Ils m'oublieront, je les oublierai, même si une des maîtresses a dit qu'on n'oubliait jamais ses premiers élèves. Sur le chemin des partiels je chantonne "Tous les matins, le roi, la reine et le p'tit prince" et je rêve des livres pour enfants que j'ai lus cent fois chacun, à les connaître par coeur.
York... les longues marches sur Fulford Road, habiter Broadway, attendre le bus, toujours un peu frissonner devant le Minster, rêvasser devant les vitrines, boire des cocktails à l'Evil Eye, les longues soirées chez les autres, le milliard de cafés avec Karo, danser au Willow, les shots de tequila, le jour de la gueule de bois, la fête de Noël, le Dusk, New Look, la gare où j'ai autant ri que pleuré, les ponts, Claire, Audrey, Manon, Laetitia dans le salon, Betty's, le Millenium Bridge, chez Karo, le square, la partie de Cluedo, la soirée enneigée chez Cristina, les trois heures devant le même cappuccino avec l'autre Christina, Christian et son tee-shirt David Hasselhoff, Ben, Omar, Amélie, Christine, la patinoire avec Carolyn, le dîner chez Chris, la chaudière en panne, les jours de congé supplémentaires à cause de la neige, les factures, les oeufs brouillés bacon, le pain de mie, les fraises, le Yate's, le Lendal Cellars, le Mount, H&M, Zara, W&H Smith, les heures au Starbucks et au Nero, la montée du Minster avec ma mère, la vue rassurante de Clifford Tower lorsque je revenais de Paris, les jonquilles, la rivière, et les jours de voyage.
Deux fois Londres, Durham, deux fois Manchester, Liverpool, Whitby, deux fois Leeds, Newcastle, Edimbourg, Glasgow. La vue sur l'esplanade de la gare vers le monument pour Walter Scott est peut-être mon souvenir le plus marquant. La grande roue de Manchester, celle de Liverpool. Les larmes à Glasgow Central. L'abbaye de Whitby. Fountains Abbey. Buckingham Palace, Piccadilly qui est peut-être mon endroit emblématique à Londres, Covent Garden pour les souvenirs, l'accent écossais, le coucher de soleil sur les montagnes, la pluie sur les docks.
J'ai aussi beaucoup pleuré, perdu des amis, trouvé d'autres, reperdu, retrouvé, et rentrer à Paris s'avère encore plein de surprises. Mon couple a tenu huit mois, mes nerfs pas toujours. J'étais partie parce que je ne supportais plus le climat délétère à la fac, la pression imposée par la Sorbonne, la double licence, mon père. Je suis revenue apaisée, sûre de mes choix principaux - oui je veux habiter en Angleterre, oui je veux enseigner - mais avec un dégoût des études qui me surprend énormément. Je repartirai, à Manchester si le dieu de l'assistanat reste avec moi, et en attendant, j'ai des milliers de photos et des dizaines de cartes pour me souvenir d'Erin, William, Alicia, Abigail, Morgan, Lily, Olivia, Katie, Chelsea, Jude et tous les autres dans leurs uniformes bleu ou vert.
dimanche 13 juin 2010
66/
Je me dois de faire un bilan de ces huit mois, mais ce sera probablement l'article le plus long que j'aurais écrit en... cinq ans de blogs divers et variés. Et faire un article, c'est fermer la parenthèse, qui reste ouverte dans mes rêves (toutes les nuits, des têtes de York, c'est presque douloureux quand il s'agit de mes élèves préférés)
A ceux qui veulent suivre ma vie parisienne, c'est par ici.
Merci de m'avoir lue, mais ne partez pas, the final is coming!
mardi 25 mai 2010
65/ Lord D
Mon blog est un peu mort de nouveau, j'étais très occupée à bronzer le week-end dernier et surtout à passer du bon temps avec les autres assistants, il y a eu le premier au revoir qui a été douloureux, et finalement, boire du vin dans un bout de jardin en écoutant du rock, c'était la belle vie.
Aujourd'hui était mon dernier jour d'école à D*ramore's, cette école qui est une vraie bulle, aux enfants tous plus intelligents les uns que les autres (enfants d'universitaires pour la plupart), la moitié est bilingue, et tous ont de l'amour à revendre.
Somika, Ella, Lucy et Zara m'ont écrit des cartes, Isobel s'est excusée de l'avoir oubliée à la maison. J'ai eu un milliard de câlins, des dizaines de "don't go" "I'll miss you" "will you come back?" - leur tête triste, j'ai eu envie de pleurer tout l'après-midi.
J'ai passé une demi-heure avec Nele, une des petites que je préfère (et qui illustre ma théorie, elle est parfaitement bilingue anglais-allemand) et puis en allant dans la cour la moitié des Year 2 m'a sauté dessus, dix gamins mais qui donnaient l'impression du triple, les petites m'ont cueilli des bouquets dans le champ (j'avais une cour de récréation, eux ils ont un champ) et Lauren a fait signer avec autant de discrétion que possible une carte par toute la classe pendant que j'étais là, en essayant d'éviter les tables où j'allais. C'était trop mignon.
Demain, special assembly en mon honneur. Je crois que je vais pleurer.
mercredi 19 mai 2010
64/ Chris
Parmi les profs, il y en aura eu beaucoup d'indifférents, de stupides, de mauvais pédagogues, de bons pédagogues mais mauvaises personnes, des gentils, des passables, des hypocrites, mais aussi des adorables. Chris doit avoir à peu près cinquante ans, elle a deux filles (une à York, l'autre à Paris) et quand elle m'a fait la bise avant les vacances de Noël c'était un peu de France qui venait se poser dans les couloirs de l'école (j'ai un problème de bise en ce moment, je vous raconterai à l'occasion) - et tout à l'heure, complètement impromptu, elle me dit : do you want to come for tea?
Chers lecteurs qui n'avez pas expérimentés la vie anglais par des anglais, le tea c'est le dîner. et on mange à 18h ! Et voilà qu'elle m'emmène chez elle, qu'on médit sur les professeurs (dont la grosse blonde qui ne m'aime pas et sur la folle du French Club) une assiette de pâtes bolognaises et un strudel aux pommes avec beaucoup de crème anglaise, parler de musique avec son mari et regarder un stupide documentaire animalier sur BB2.
J'avais besoin d'un acte de gentillesse comme celui-ci.
dimanche 16 mai 2010
63/ Merchant Adventurers' Hall
Parce que je me marierai ici un jour. C'est l'ancienne guilde médiévale, toujours utilisée pour les réunions d'un groupe influent. Les marchands sont loin, la beauté des lieux est restée. Dieu nous donne bonne aventure.
mercredi 12 mai 2010
62/ Histoire de chaussures

Tout à l'heure Ellie m'a dit, you have the same shoes as Dorothy, just tap your feet three times and you will be home. Aujourd'hui j'ai expliqué aux enfants que je n'avais plus que deux semaines, là dans trois je suis dans le train, et j'ai eu la plus grande moisson de câlins. Même les garçons sont tristes.
Et si je pouvais taper trois fois des talons pour être à la maison ? Je ne suis pas sûre de le faire. Alors voilà, il a fallu sept mois, mais la proximité du départ rend tout infiniment précieux, le champ de vaches, la ville, les enfants, ma prof. J'ai passé beaucoup de temps à pleurer, à me lamenter, mais là, j'ai enfin trouvé comment profiter et je ne veux pas mêler mes deux mondes. Ceci dit je profite trop parce qu'aller faire cours avec une gueule de bois, à 9h30 quand vous vous êtes couchée à trois heures, plus jamais. J'ai été quelqu'un ici, quelqu'un qu'on peut apprécier en tant qu'amie, en tant que collègue, qu'enseignante, en tant que cible amoureuse, un prénom sur des centaines de lèvres (c'est pas de ma faute si j'ai douze classes) et voilà, je commence à pleurer que ce soit fini. Ou si proche de finir, car il reste encore demain, deux semaines de cours et trop de fêtes.
dimanche 9 mai 2010
61/ Fountains Abbey
Il est dimanche presque 16h, du fond de mon lit je vois le soleil percer à travers les volets entrouverts, le ciel bleu et les fleurs roses à l'arbre... Encore trop d'alcool dans le sang, rentrer à cinq heures du matin au lever du soleil je ne l'avais encore jamais fait. J'ai vu des trucs moches, des gens saouls comme jamais, les verres cassés, renversés. Je ne sais plus qui a mis "Jeune et con" en fond sonore et c'était ça la jeunesse France, boire comme des trous.
Quasiment vingt-quatre heures sans dormir car hier, après avoir aperçu les ruines dans un film, nous avions décidé d'aller à Fountains Abbey. Fountains Abbey, même s'il n'y a pas de fontaine, est un ancien monastère bénédictin qui a été construit vers 1150, parce que les moines de York s'engueulaient tout le temps (haha)
Il est drôle de constater que toute la communauté, même les non-moines qui travaillaient les exploitations agricoles avaient fait de silence... Mais avec Henry VIII et la dissolution des monastères en 1540, l'abbaye est progressivement tombée en ruines. C'est finalement un héritage très intéressant, constater les ravages du temps, imaginer la splendeur de l'abbaye... Penser que les énormes vides étaient des vitraux !
Pour aller visiter ce chef-d'oeuvre, il a fallu organiser une expédition. Le site officiel dit de prendre le bus 142 ou 146 depuis York, compagnie Arriva. Mais en vérifiant sur le site internet de la compagnie, il s'avère que le bus 142 fait Chatam - Rochester (Antoine !) donc problèmes en vue. En fait, c'est un bus de la compagnie Harrogate Coach Travel qui sent la moquette et qu'il faut prendre à la gare à 8h47. Un samedi matin. Le moment le plus excitant du voyage a été le moment où un énorme bourdon (cinq centimètres...) est entré par la fenêtre de bus et a effrayé tous les passagers (nous étions cinq)
A 10h nous arrivons à Ripon, petite ville de campagne mais avec une belle cathédrale (avec un guide trop bavard) et c'est drôle que malgré mon athéisme, j'aime autant les cathédrales.
Mais évidemment, nous avions mal lu le dépliant et le prochain bus part dans une plus d'une heure.Donc nous allons prendre un café dans cette petite ville avant de prendre le bus de 11h15. Nous arrivons sur le domaine de l'Abbaye (inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco) à 11h30, l'entrée ne coûte que £4 grâce au ticket de bus, et puis voilà, commencent trois heures de marche dans le parc gigantesque, pour moitié vestiges de l'abbaye, pour moitié ancien jardin géorgien...
jeudi 6 mai 2010
60/ French Touch
Les displays sont une tradition purement... à défaut de britannique je dirais anglo-saxonne (quelqu'un qui a été en primaire aux Etats-Unis dans l'assistance ?) il y en a partout, avec des photos des élèves, des dessins, des leçons d'histoire, des travaux d'arts plastiques, les tables de multiplication... et maintenant à la Colline du Blaireau (nom de mon école !) il y a aura un French Display.
J'y ai passé plus de quatre heures, dés-agrafer le panneau précédent (les Year 5 en atelier boulangerie), couper des morceaux et faire des raccords de papier bleu blanc rouge, tomber en panne d'agrafe, déchirer le ruban jaune, trouver un ordinateur qui ne soit pas déchargé, taper les noms, les doubler de papier de couleur, trouver les images, les coller. Il reste de la place pour trois grandes images, une sera les Nénuphars de Monet mais j'aurais besoin de vos idées...
En vrac on trouve : des clubs de foot, les Alpes, la Méditerranée, le Mont St Michel, les euros, les timbres, le logo de la poste, la devise, l'Eurostar, le TGV, le métro parisien, une carte de France, une carte de Paris, des monuments variés (Louvre, Opéra, Sacré-Coeur, Arc de Triomphe, Tour Eiffel, Notre Dame), Disneyland Paris, un bateau-mouche, des phrases au hasard (bonjour, merci, au revoir, bon appétit, voilà, je m'appelle...) du pain, du fromage, un béret, le maillot de l'équipe de foot, du vin, un coq, la Joconde, de la lavande.
Et j'ai réalisé que j'étais plus parisienne que jamais et je devrais essayer de mettre les pieds dans d'autres villes, hum.
mercredi 5 mai 2010
59/ Liverpool
(Vous avez vu, je fais revivre mon blog)
Liverpool, une de mes plus grandes attentes de cette année en Angleterre. Parce que depuis des années je rêvasse sur les Beatles, et parce que je devais aller constater de mes yeux la rivalité entre Liverpool et Manchester. Scoop : Manchester gagne à mes yeux.
9h20, nous arrivons à la gare de York fatigués mais de bonne humeur, et trois minutes avant que le train n'arrive, il est subitement supprimé. Un employé avec un accent incompréhensible nous explique "fatality, fatality, go to Manchester". Après un détour par le comptoir j'apprends que "fatality" est le joli mot politiquement correct pour suicide, et effectivement, mieux vaut aller à Manchester pour ensuite prendre le train pour Liverpool. Alexandre aura donc passé dix minutes de sa vie à Manchester, sur le quai treize de Piccadilly.
Liverpool... des indices de la présence des Beatles, partout. L'aéroport John Lennon. Une ville en pente, la magnifique rue principale (qui donne un air de déjà-vu malgré tout) l'accent incompréhensible des gens, et la plus belle partie de la ville, c'est l'ancien port réaménagé en musées galeries marchandes, le soleil a fait une apparition lorsque nous étions dans la roue. Mais le plus beau bâtiment c'est celui-ci...
Les deux cathédrales valent le coup d'oeil... On aime ou on n'aime pas la cathédrale catholique (à gauche) toute en modernité mais qui en impose quand même, car placée sur une colline sans rien autour. Quant à la cathédrale anglicane, trop de briques tue la brique... celle de York reste la plus belle !
Je peux dire que j'ai été déçue, trop fatiguée pour réellement apprécier et les pieds entre deux averses. Liverpool mérite une deuxième chance, et la visite de tous ses musées, j'y reviendrai quand j'habiterai Manchester (hahahha)
lundi 3 mai 2010
58/ Un mois
Je suis une très mauvaise bloggueuse, je sais. Le fait est qu'il ne passe pas grand-chose, et tout ce qui aurait pu se passer de trépidant a été compromis par un mauvais rhume qui ne passe pas depuis huit jours. Les vacances à Paris ont été infâmes, puis quelques jours seules dans la maison à cause de cette histoire de volcan et enfin mon amoureux est venu dix minuscules jours. Il est parti samedi midi et cinq minutes plus tard je montais dans un train pour Manchester.
Il reste quatre semaines, quatre mardis à D*ramore's et trois lundis à Osb*ldwick, et les projets jamais menés se font pressants, surtout si vous passez le week-end chez une super assistante qui se moque de vous parce que vous ne faites en fin de compte pas grand-chose.
En vrac il faudra
- jouer au facteur n'est pas passé avec les Year 3/4
- faire un French display à BH
- la chanson des petites grenouilles (Mélie ?!)
- donner mon adresse aux Year 5
- préparer un cours sur ma vie parisienne (et montrer la fenêtre de ma chambre avec Google Street View)
A York proprement dit, je voudrais profiter des pubs, des bars, des cocktails deux pour un, des autres assistants. Visiter le musée viking, la maison médiévale, la maison géorgienne. Aller à Scarborough parce que c'est repoussé tout le temps. Peut-être Fontains Abbey. Aller à Leeds peut-être.
Dans un mois, jeudi 3 juin, je serais en train de défaire mes valises. Le temps a filé.













